Les quatre accords Toltèques

Les 4 accords toltèquesIl y a quelque temps, j’ai vécu une situation que vous devez tous avoir connue, au moins une fois dans votre vie: une personne qui m’est très chère et avec laquelle j’ai des relations quotidiennes et chaleureuses, a semblé prendre des distances. Moins de nouvelles, plus trop le temps de papoter, bref plus disponible. Tout cela sans être désagréable mais le courant ne passait visiblement plus de la même manière.

Au lieu de lui demander ce qui se passait, si tout allait bien, je me suis murée dans le silence, fidèle la devise « never complain, never explain » et me suis mise à échafauder mille et un scénarii tous plus désagréables les uns que les autres: elle ne me trouvait finalement pas assez bien pour elle, nos relations n’avaient aucune importance, ce n’était qu’une personne superficielle peu digne d’intérêt… Tout ceci aboutissait à une remise en cause de ma propre estime et a fini par engendrer une rancoeur mêlée de colère. Une forte envie de lui lancer des piques assassines s’est mise en place – je peux avoir le verbe très féroce – et heureusement  que j’ai eu assez de sang-froid pour me maîtriser car cela aurait pu avoir des conséquences difficilement réparables.

Quelques jours après, durant lesquels j’étais une cocotte-minute en sur-régime (et malheureuse et blessée, et tutti quanti), j’ai enfin eu de ses nouvelles. Elle était tout à fait à l’aise, avait eu de gros soucis de travail, une surcharge professionnelle avec des urgences à régler qui lui avaient bouffé son temps et son énergie. Elle était ravie d’avoir pu en venir à bout et de pouvoir enfin reprendre notre rythme habituel. On était carrément aux antipodes de mes délires romanesques…

Tout ceci avait duré fort peu de temps, 3 ou 4 jours tout au plus, mais cela avait suffi  à me perturber plus que de raison et si je n’avais finalement pas pris sur moi pour ne pas réagir, j’aurais pu briser une belle relation par des réactions disproportionnées et surtout sans aucun fondement.

Comme ce n’était pas la première fois que cela se produisait, j’ai pris conscience que je dysfonctionnais et que ça entrainait une souffrance aussi inutile que pas justifiée. Lassée d’alimenter mon propre petit enfer personnel, j’ai décidé d’en parler à une amie thérapeute qui m’a conseillé la lecture des « Quatre accords Toltèques« .

J’avoue que j’étais assez réticente à cette idée car en ce moment, on voir fleurir bon nombre de bouquins envahis de préceptes amérindiens et autres, dont beaucoup sont aussi denses que le vide absolu. Finalement, je me suis laissée tenter par une version de poche à 6,60 € en me donnant pour argument que, si c’était à tomber des mains, ça serait utile aux toilettes. En fait, je craignais d’être assommée de citations telles que « derrière la nuit, il y a le Soleil » ou « Tiens ta route et marche tout droit« …

Dieu merci, ça n’a pas été le cas.

L’auteur, Don Miguel Ruiz, est un chirurgien mexicain. Sa mère était guérisseuse, son grand-père, chaman. Au début des années 70, il a vécu une NDE (expérience de la mort imminente) et a « décidé de changer de vie » comme cela se produit souvent en de pareilles circonstances.  La petite biographie du 4e de couverture explique qu’il s’est « dès lors consacré à la maîtrise de la sagesse ancestrale. Il est maintenant devenu un nagual de la lignée des chevaliers de l’Aigle, voué au partage de sa connaissance des enseignements des anciens Toltèques ».

Les quatre accords sont en fait des contrats de mode de vie qu’on se passe avec nous-mêmes. Ils se résument en quelques mots mais leur portée est sans limite:

  1. Que votre parole soit impeccable
  2. Quoi qu’il arrive,n’en faites pas une affaire personnelle
  3. Ne faites pas de suppositions
  4. Faites toujours de votre mieux

L’idée générale est d’arriver à une « désensibilisation émotionnelle » afin d’éliminer peu à peu les sentiments négatifs engendrés par la mésestime de soi. En guise de préambule, Miguel Ruiz explique que nous autres, humains, sommes domestiqués dès l’enfance par les adultes qui nous inculquent un système de croyances auquel nous donnons notre accord: nous acceptons d’être jugés, nous nous soumettons au punitions/récompenses et ce, au détriment de nos tendances naturelles. Ce système de croyances, dit l’auteur, est « comme un  Livre de la Loi qui régit notre esprit » même s’il va à l’encontre de notre nature intérieure. Le Livre de la Loi nous dit quoi faire, quoi penser, quoi ressentir. Et si nous y contrevenons, nous subissons la réprimande, la culpabilité et la honte, le tout dominé par la peur, chaque erreur étant payée non pas une mais plusieurs fois.

Or, la peur est la mère de la jalousie, de l’envie, de la haine. Et pourtant, nous avons conclu des accords de vie avec ce fameux Livre de la Loi, ce qui nous conduit inévitablement à nous maltraiter nous-même en raison de l’image de perfection imposée par le Livre de la Loi. La seule solution est de les rompre et de les remplacer par d’autres, en adéquation avec notre personnalité.

Concrètement, en quoi cela consiste t’il?

  • Que votre parole soit impeccable

Pour Miguel Ruiz, notre parole est notre « pouvoir créateur« . D’où son importance: c’est une arme à double tranchant qui peut créer les rêves les plus beaux ou au contraire, tout détruire.

Impeccable signifie « sans péché« . Par « péché », Miguel Ruiz entend « ne pas l’utiliser contre soi-même« : en insultant autrui, on pense utiliser sa parole contre lui mais en réalité, on la retourne contre nous puisque qu’elle engendrera une agressivité, une haine dont nous serons l’objet.

J’ai vécu très précisément cette situation il y a quelques années. Il y avait dans l’immeuble où je vivais, une concierge, femme de nature très agressive et susceptible. Un jour, à la suite d’un malentendu, elle a eu une réaction vive à mon encontre, ce qui a suscité mon irritation: par une phrase bien sentie, je lui ai balancé une humiliation gratinée. J’étais très fière de mon fait d’armes, persuadée d’avoir utilisé à bon escient mon talent pour « le mot qui tue ». En réalité, le poison émotionnel que je lui avais envoyé s’est retourné contre moi: cette femme m’a voué une haine tenace et n’a eu de cesse de me harceler dès qu’elle me croisait et ce pendant plusieurs années. La rencontrer était devenu pénible et il a fallu qu’elle s’en aille pour que le calme revienne. Ma parole n’avait pas été « impeccable ».

Miguel Ruiz conclut ainsi cet axiome: « vous pouvez évaluer le degré auquel votre parole est impeccable à l’aune de l’amour que vous avez pour vous-même. L’intensité de votre amour-propre et les sentiments que vous nourrissez envers vous sont directement proportionnels à la qualité et à l’intégrité de votre parole ».

En somme…si vous vous aimez, votre parole sera aimable.

  • Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle

Dans l’incident que je relate au début de cet article, j’ai fait une affaire personnelle d’une situation où je n’étais pas partie et qui m’était complètement extérieure, ce qui a généré toutes sortes d’émotions désagréables. Ce qui Miguel Ruiz appelle « importance personnelle », c’est l’importance que l’on se donne: «  s’accorder de l’importance, se prendre au sérieux, ou faire de tout une affaire personnelle, voilà la plus grande manifestation d’égoïsme puisque nous partons du principe que tout ce qui arrive nous concerne. Au cours de notre éducation, de notre domestication, nous apprenons à tout prendre pour soi. Nous pensons être responsables de tout. Moi, moi, moi, toujours moi! ».

En voici une illustration concrète: un jour, à la caisse du supermarché, la personne derrière moi voulait à tout prix déposer ses achats sur le tapis roulant sans attendre que j’ai terminé d’en faire de même. Je lui ai simplement demandé un peu de patience, sans énervement. Elle a aussitôt réagi de manière très virulente en s’en prenant à moi à grand renfort d’attaques personnelles mais je n’ai pas réagi car elle était visiblement dans un mauvais jour et cherchait à évacuer sa colère au moindre prétexte. Là, elle m’avait sous la main et ça tombait bien. C’était son problème, pas le mien et je ne me suis pas sentie visée. Quand j’ai raconté l’incident plus tard à mon mari, sa réaction a été de me responsabiliser: « mais tu as bien dû faire ou dire quelque chose? » Hé bien, non…Je n’étais pas responsable de sa réaction. Mais la domestication dont il a été l’objet dans son enfance a tout naturellement entraîné ce postulat: j’étais FORCÉMENT responsable de l’attitude de cette femme.

Miguel Ruiz va encore plus loin dans l’application de cet accord. Selon lui :

– inutile d’imposer ses opinions à autrui car ce que pensent les autres ne regardent qu’eux-mêmes, en fonction des accords qu’ils ont conclus

– ne pas prendre les compliments pour soi parce que, de toute façon, on sait ce que l’on est (notez que c’est efficace contre la prise de melon…)

– ne pas écouter ses pensées contradictoires qui n’entraînent que de la confusion

– ne pas s’offusquer du mensonge des autres car celui qui agit ainsi le fait par peur. Vous devez vous faire confiance et choisir de croire ou non à ce que l’on vous dit.

En résumé…Vous n’êtes jamais responsable des actions d’autrui; seulement de vous-même.

  • Ne faites pas de suppositions

Je vous ai raconté un épisode qui s’est en fait reproduit maintes et maintes fois. Disons que celui-ci était le point culminant. Et vous l’avez sûrement déjà vécu vous aussi. Comme le résume fort bien Miguel Ruiz, « nous faisons des suppositions quant aux raisons d’agir d’autrui, nous les interprétons de travers, nous en faisons une affaire personnelle et nous finissons par créer un drame pour rien du tout ». Et à cela, s’ajoute la peur de demander des explications.

Pourquoi une telle attitude? Selon Miguel Ruiz, c’est parce que nos anciens accords d’éducation vont en ce sens: on a tous appris qu’on ne devait pas questionner et aussi que quand quelqu’un nous aime vraiment, il doit forcément savoir ce que nous voulons et comment nous nous sentons. À partir de là, il est évident que les sources de malentendus sont nombreuses. Et pour couronner le tout, nous justifions notre douleur émotionnelle en rendant l’autre responsable.

Ainsi, conclut Miguel Ruiz, le meilleur moyen de ne pas faire de suppositions est de…poser des questions!

  • Faites toujours de votre mieux

L’auteur l’expose simplement: « quelles que soient les circonstances, faites toujours de votre mieux, ni plus ni moins ». Et d’ajouter qu’en procédant ainsi, on n’a pas l’impression de travailler dur parce qu’on prend plaisir à ce que l’on fait. Il va encore plus loin en insistant sur la nécessité d’agir, de sortir de sa coquille et d’exprimer ses rêves. Faire de son mieux, passer à l’action sans rien attendre en retour entraîne, selon lui, de bien belles récompenses. Vivre ici et maintenant, sans la nostalgie d’un passé ou l’espérance d’un futur. Juste faire de son mieux.

Bon, je vous ai brièvement exposé les principes développés par cet ouvrage. Qu’en est-il dans la pratique?

J’avoue être assez d’accord avec la philosophie de liberté personnelle qu’induit l’application des accords toltèques. De nature, j’ai toujours eu une grande indépendance d’esprit et n’ai jamais apprécié les idées toutes faites, le politiquement correct et le terrorisme intellectuel qui domine en cette époque de bien-pensance officielle et de diktats en tout genre. Par ailleurs, les principes de cet ouvrage m’aident à canaliser mon caractère entier et facilement inflammable. Miguel Ruiz prévient d’emblée que la mise en oeuvre prend du temps mais qu’il faut y aller jour après jour en faisant de son mieux, justement!

D’après mon expérience, pas bien vieille il est vrai, je trouve que la « parole impeccable » n’est pas trop difficile à mettre en oeuvre. J’ai appris à moduler mon intonation, à éviter des formules facilement accusatoires (« pourquoi » remplacé par « quelles sont les raisons »), à formuler une objection avec plus de douceur, pas de manière péremptoire. Je constate que ça facilite la communication, les échanges sont plus fluides et ça fait du bien.

Plus difficile est la combinaison « affaire personnelle/supposition« . Si je n’ai aucun mal à m’affranchir de l’opinion et du regard des autres – c’est dans ma nature – en revanche, avec mon imagination fertile, les suppositions vont bon train. Je m’applique donc à laisser passer du temps pour que les choses se décantent et que mon erreur me saute au visage. Le travail sur le journal créatif est d’une grande aide pour cerner les peurs qui alimentent les suppositions. J’ai néanmoins fait quelques progrès mais la route est encore longue.

L’accord « faire de son mieux » est idéal pour la flemmarde que je suis, surtout pour les jours de petite forme. Je fais peu mais je m’applique et ce principe marche aussi pour les tâches ménagères à priori sans intérêt. S’appliquer à vider une machine de linge en pensant au plaisir d’avoir sous peu des vêtements propres, parfumés et bien repassés aide à enjoliver ce banal geste du quotidien. Franchement, je trouve que c’est un bon moteur car on trouve ainsi de l’intérêt à ce que l’on fait.

Alors, il y a quand même une réserve que j’émets…dans certains cas extrêmes, je trouve que ça peut conduire à une certaine forme d’insensibilité. J’ai pu le constater en visitant le site d’un des disciples de Miguel Ruiz qui propose des stages « toltèques » qui semblent d’ailleurs fort intéressant. Mais il a été jusqu’au bout dans leur application et la lecture de ses principes de vie m’a fait froid dans le dos. Notamment ses rapports avec ses amis, ses parents, sont déshumanisés et il pousse l’usage de la parole impeccable – qui proscrit le mensonge – jusqu’à avouer que si il ne téléphone pas pour prendre des nouvelles, c’est qu’il n’en n’a pas envie… Mais nous ne sommes pas obligés d’aller jusque là… Utiliser les « accords toltèques » pour simplifier ses rapports avec les autres et diminuer les sources de conflit, apprendre à s’aimer et à se respecter, c’est l’usage que j’ai choisi d’en faire.

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Une réflexion sur “Les quatre accords Toltèques

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